Bric à Book

Si vous vous souvenez, j’ai décidé de commencer un nouveau projet cette année en adhérant à l’atelier d’écriture en ligne Bric à Book.

Le principe est simple, une photo nous est proposée chaque mois comme déclencheur et le défi est d’écrire une histoire d’environ une page A4 au départ de ce cliché.

La photo de l’atelier d’écriture 323 est celle-ci

©Steve Ramon

Et voici l’histoire qu’elle m’a inspirée 

Le jeune voleur

Depuis toujours il voyait des choses que les autres ne devinaient même pas. Dès qu’il entrait dans un local, les nombreux faisceaux infra-rouges des détecteurs antivol devenaient comme des néons devant ses yeux d’un bleu tendant vers l’héliotrope. C’en était parfois gênant mais, avec le temps, il s’y était habitué. Aucun médecin n’avait jamais pu expliquer ce que lui-même ne décrivait d’ailleurs que de manière très évasive. Quand il en parlait, ses parents pensaient qu’il avait une imagination débordante et cela ne les inquiétait pas trop, tant que ses résultats scolaires restaient corrects. Quant à lui, il pensait bien qu’un jour ce don l’aiderait à réaliser un coup d’éclat. Depuis quelques années, il n’en avait plus parlé à qui que ce soit, espérant ainsi que le souvenir de cette particularité s’estomperait peu à peu dans l’esprit de ses proches.

Le samedi soir, ses parents avaient l’habitude de sortir en amoureux. C’était le bon moment pour s’éclipser discrètement sans devoir prétexter un devoir à finir chez un copain. Le musée n’était pas trop loin de son domicile et, en enfourchant son vélo, il y arriverait en dix minutes à peine. Il lui suffirait alors de se faufiler à contre-sens dans la foule des visiteurs pressés de sortir et de gagner les toilettes pour s’y cacher. Son plan fonctionna à merveille et il arriva enfin devant la salle qui l’intéressait. A quinze ans à peine, il s’était accoutumé à subir ces visions en bien d’endroits mais jamais encore il n’avait vu pareil entrelacement de cadres. Et pourtant il s’était bien juré de parvenir à entrer dans la salle du musée où était exposée cette énorme pépite d’or. Oh, il n’en avait pas réellement besoin et d’ailleurs il ne saurait qu’en faire mais pour briller aux yeux de Callista il était prêt à toutes les folies. Peut-être ne le regarderait-elle plus comme un gamin s’il réussissait.

Après avoir déposé son sac au sol, il se positionna devant le premier cadre et étudia le maillage lumineux qu’il était seul à voir sans accessoire. Ses entraînements de gymnastique lui donnaient une grande souplesse et il passa sans difficulté le premier piège de faisceaux. Les suivants, fort proches, lui donnèrent un peu plus de fil à retordre et il dut se contorsionner pour ne pas déclencher l’alarme. Il voyait à présent clairement briller la pépite dont le présentateur du JT avait dit que c’était la plus grosse jamais trouvée. Son pouls s’accéléra encore en approchant du but. Une dernière glissade sous un faisceau et il prit enfin l’or dans ses mains. Quelle chance quand même il avait de voir luire ces rayons alors que n’importe qui d’autre aurait déjà déclenché l’alarme par un seul petit geste. Il lui restait simplement à faire le chemin en sens inverse, à poser la pépite dans son sac à dos et à rentrer chez lui sans précipitation pour ne pas attirer l’attention des passants.  Il se prit à  rêver à la tête que ferait Callista en voyant son trésor. C’est sûr, elle ne pourrait que craquer devant son audace et l’admirer pour les risques qu’il aurait pris juste pour l’épater.        
Il reprit sans soucis le chemin inverse et ses yeux performants lui évitèrent de se faire détecter par les faisceaux que tout le monde pensait invisibles. Poussant un ouf de soulagement, il se surprit à siffloter tant il était heureux. Enfin il allait impressionner la belle Callista et rendre jaloux tous ses copains.               
Il se dirigea le cœur léger vers la sortie, empoigna le bouton de la porte principale, le fit pivoter et, tout à coup, une sonnerie stridente traversa ses tympans qui eux n’avaient rien d’exceptionnel ! En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le gardien engoncé dans son uniforme surgit devant lui en brandissant un index menaçant. 
Si le jeune homme comprit directement que, comme Perrette et son pot au lait, son rêve venait de brutalement s’achever, ni le gardien, ni le directeur du musée ne comprirent jamais comment le garçon avait pu déjouer les pièges du système antivol sophistiqué ! L’histoire dit qu’ils cherchent toujours…

Si vous avez lu jusqu’au bout et que vous avez aimé, ou pas, dites-le moi sans crainte, ça m’intéresse.

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