Brick a book 356 ✍🏻

Le lundi c’est mon petit plaisir « prise de tête » puisque je m’efforce de pondre un texte au départ de la photo proposée sur le blog Brick a book, souvent le samedi, ce qui nous laisse très peu de temps pour y réfléchir…

Pour ce lundi, c’est la photo ci-dessous qui est proposée.

© Austrian National Library
     

Les cameramen de TV8 avaient insisté pour venir me filmer dans ma salle de cours. J’étais depuis plus de vingt ans professeure de solfège à l’Académie de la ville. J’avais aidé des centaines de jeunes à décoder des partitions de plus en plus compliquées. Beaucoup avaient abandonné, pensant que la musique n’était qu’amusement sans effort. Les plus motivés avaient persévéré pour leur bonheur et le mien.

L’un d’entre eux avait acquis une belle renommée comme premier violon dans un orchestre symphonique et, comme il avait été mon élève, j’avais paraît-il ma place dans le reportage qui lui serait consacré par la toute jeune chaîne de télévision.

J’étais mal à l’aise devant les caméras. A mon âge et vu mon célibat endurci, je n’avais pas l’habitude d’être ainsi observée sous tous les angles. Encore heureux que le film ne soit pas en couleurs parce que je ne m’habillais que de couleurs sombres qui n’auraient probablement pas convenu au projet. J’apparaissais comme une personne insignifiante et terne, un peu démodée, comme je le souhaitais, ne cherchant à attirer l’attention sur moi à aucun prix.

Les hommes qui me filmaient m’avaient demandé de parler de manière naturelle de mon ancien élève, selon mon bon vouloir…c’était bien ça le problème. Autant j’avais l’habitude de mener ma classe de main de maître, autant parler seule, pour être « mise en boîte » comme ils disaient, me paralysait.

J’avais empoigné un livre de partitions pour me donner une contenance et je me cachais derrière mes lunettes de myope tandis que mes jambes flageolantes me faisaient tomber dans les bras de ce fauteuil bienvenu.

Après plusieurs prises non concluantes, les cameramen perdirent patience et me dirent qu’ils allaient voir avec le régisseur s’ils devaient persévérer ou me laisser dans l’ombre où je me plaisais tellement qu’il semblait vain d’espérer m’en faire sortir!

Pour voir les autres histoires inspirées par cette photo, je vous invite à aller chez Brick a book, vous ne serez pas déçu(e) 👍

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Brick a book 355 ✍🏻
     

C’est lundi et le lundi on écrit ce qui nous est soufflé par la photo proposée sur le blog Brik a book.
C’est la photo ci-dessous, sans contrainte, qui doit guider notre imagination cette semaine.

 

© The New York Public Library

J’avais retrouvé, dans une vieille boîte à chaussures, cette photo de mes arrières-grands-parents. Ma mère m’en avait parlé il y a bien longtemps et  leur histoire  était restée gravée dans ma mémoire.

C’était étrange à notre époque de voir une photo sans couleur. Parfois, je voyais de magnifiques portraits bien contrastés dans des livres de photographie mais là c’était différent, plus pâle et gris, très gris. Lui portait ses habits de tous les jours mais elle semblait avoir fait un effort d’élégance. Il avait enlevé ses lunettes, tout à fait inutiles pour regarder par-dessus l’épaule de sa femme.

Elle, au contraire en portait alors que d’habitude elle n’en avait pas vraiment besoin. On la sentait appliquée à écrire, pour un peu elle aurait tiré un bout de langue. Elle avait posé une planche  sur ses genoux pour supporter les feuilles de papier.

Le courrier leur avait été porté la veille mais lui ne savait pas lire, contrairement à elle. Elle avait tremblé en voyant le nom de l’étude de l’expéditeur soigneusement calligraphié sur l’enveloppe en redoutant on ne sait quels ennuis. Elle avait déchiffré maladroitement les mots tracés à la plume sur les trois feuilles que contenait la grande enveloppe. Ils s’étaient ensuite regardés, ahuris de la nouvelle: un notaire d’un état voisin les informait qu’ils allaient hériter de la ferme d’un oncle qu’ils connaissaient à peine mais dont ils étaient les seuls parents vivants.

L’étonnement puis la joie et enfin le questionnement les submergèrent tour à tour: ils n’avaient jamais compté que sur eux-même pour s’en sortir et, même si cette manne serait la bienvenue, ils ne savaient pas où se trouvait cette ferme et ce qu’ils allaient bien pouvoir en faire, n’étant pas fermiers eux-mêmes…

L’urgence était de se manifester auprès du notaire pour ne pas laisser passer l’occasion. Elle dut chercher pour mettre la main sur le beau porte-plume qu’elle avait reçu pour sa communion mais qu’elle n’avait jamais osé utiliser de peur de l’abîmer entre ses mains endurcies par le travail et devenues malhabiles à l’écriture. Mais cette fois elle avait décidé de se lancer, elle n’allait quand même pas écrire au notaire avec son vieux crayon à l’aniline!

Quant à la ferme, on verrait bien ce qu’on en ferait mais, dans leur situation, il n’était pas question de refuser un cadeau pareil!

Voilà, c’est ce que j’ai lu dans cette photo mais elle aura certainement inspiré des histoires très différentes aux autres participant(e)s. Je vous invite à aller voir par vous-même sur le blog Brick a book.

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Brick a book 351

C’est lundi et que fait-on le lundi? On participe à l’atelier d’écriture d’Alexandra sur Brick a book 😊

Cette fois, c’est la photo ci-dessous qui doit déclencher notre créativité et c’est sans contrainte.

© Evgeny Nelmin

Tout est sec dans ma vie. Le sol, l’air, les gens,…tout je vous dis! Je donnerais un an de ma vie pour prendre un bain ou même pas un bain, juste une douche purificatrice et rafraîchissante.

Je n’en peux plus de cette poussière qui s’insinue partout jusque dans mes poumons. J’étouffe, c’est bien ça, j’é-touf-fe, je m’asphyxie de poussière.

Il paraît qu’il existe des pays où l’eau coule à flots, un rêve impossible pour nous. On n’arrive même pas à imaginer que ça puisse être vrai.

Le simple fait de marcher soulève des nuages de poussière. Inutile de mettre des chaussures, que nous n’avons pas d’ailleurs, la poussière les rendrait rapidement inconfortables.

Et, malgré tout ça, il faut tenir le coup et travailler au moins pour acheter de quoi manger. Moi je suis camelot itinérant, c’est-à-dire que je vends, en plein air, différents textiles. Avant je vendais aussi des étoffes faites avec des poils de chameau mais chez nous aussi, malgré notre pauvreté, il y a des modes et les jeunes veulent tous des pantalons « à l’ américaine » à la place des djellabas et des sarouels que portaient nos parents.

Alors je m’adapte, je me déplace de campement en campement avec mes ballots de tissus , les bâtons et les cordages qui me servent de présentoir pour ce que je ne dépose pas simplement au sol. Ça ne sert à rien de balayer mon espace, en deux minutes le vent  recouvre tout de poussière, de terre sèche et de sable… C’est comme ça depuis toujours ici et ça le restera encore longtemps je crois.

Pour faire moderne, j’ai même donné un nom à mon commerce: « Le Sec Shop » c’est chouette, vous ne trouvez pas? Je suis sûr que ça va attirer les clients.

Je viens juste de dessiner  mon enseigne sur du cuir de chameau

😊

Si vous n’êtes pas trop oppressés par la poussière, je vous encourage vivement à courir voir ce que cette photo a inspiré aux autres écrivant(e)s sur Brick a book.

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Brick a book 349

Comme chaque lundi je participe à l’atelier d’écriture en ligne Brick a book.

Cette semaine, c’es la photo ci-dessous qui sert de déclencheur et il n’y a pas de contrainte thématique interdite. Youpie! 😊

   
© The Joy Of Film

J’avais retiré cette photo du tas de vieux portraits retrouvés dans une boîte métallique après le décès de mes parents. 

Je me souvenais que, gamine, je ne comprenais pas que ma mère, qui me paraissait si vieille du haut de ses trente trois ans, ait pu être amie avec ces souriantes jeunes filles. Elle m’avait raconté que la photo avait été prise au lendemain de la guerre qui avait frappé si durement les Ardennes où elles vivaient. Les demoiselles avaient pris beaucoup de plaisir à poser pour cette photo où on les voyait déguster les chewing gum offerts par les Américains venus les libérer. C’était nouveau pour elles cette matière qu’on mâchait sans l’avaler pour ne pas « qu’elle reste collée partout dans le ventre ».

La guerre, encore une abstraction pour une petite fille… qui écoutait, avec incompréhension, raconter  les privations, la peur, le froid mordant les jambes colorées à la chicorée et les galoches à semelles de bois.

Elle me parlait aussi de chacune d’entre elles: de Johanna partie au Mexique avec un soldat séduisant, de Jeanne et Joséphine, les deux sœurs célibataires qui vivaient toujours dans la maison de leurs parents et puis elle, à l’arrière. Elle regardait  d’un air déjà méfiant ce qu’elle allait mettre en bouche. Cette habitude ne la quitterait jamais comme si le manque de tout durant presque cinq ans avait ancré cette nécessité de bien regarder, goûter, analyser ce qu’on mangeait pour en tirer un  maximum de plaisir.

Aujourd’hui c’est à mon tour et ce sont mes petits-enfants qui ne me reconnaissent pas sur les photos du passé. Quant à la guerre… Les nombreuses vues présentées sur le petit écran la font entrer quotidiennement dans notre vie mais ça se passe toujours ailleurs, loin de nous, sans la force émotionnelle du récit d’un proche qui l’a traversée dans sa jeunesse.

Je vous invite, comme chaque lundi, à aller voir chez Brick a book ce que cette photo a inspiré comme beaux textes aux autres personnes 😊

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Brick a book 346

Ce lundi, Alexandra du blog Brick a book nous propose de laisser courir nos doigts sur le clavier (ou nos plumes sur le papier, au choix) en regardant l’image ci-dessous et avec la contrainte de ne pas parler de train.

© Banter Snaps

 

Et voici les mots que cette photo m’a inspirés:

L’accompagnateur

Il m’attendait comme tous les matins, pareil à lui-même. Pareil? Non, aujourd’hui il avait mis des gants blancs. Quelle drôle d’idée! Peut-être voulait-il me dire ce qu’il avait sur le coeur depuis si longtemps ou peut-être qu’il avait un problème de peau et voulait le cacher… Ou peut-être encore avait-il eu à manipuler des choses précieuses à ne pas graisser de ses doigts?  Ce serait étonnant quand même, on n’envoie pas de cette manière des choses précieuses et pour les autres, si on met des gants, on ne les choisit pas blancs. Ces gants avaient un petit côté suranné qui me laissait perplexe. Non c’est certain il avait mis ses gants pour me parler et m’avouer ses sentiments. J’avais bien vu qu’il me regardait toujours longuement et était très prévenant à mon égard.

Tous les jours à 7h30 il se trouvait exactement devant la porte vitrée que j’empruntais. Bien sûr que ça m’intriguait, depuis le temps que ça durait! Au début je n’avais rien remarqué mais, à la longue, je ne pouvais pas ignorer son manège et ses regards en coin. De mon côté, j’avais commencé à lui sourire quand je l’apercevais même si lui restait toujours aussi sérieux et professionnel.

J’allai prendre ma place, sortis un magazine dans lequel je me plongeai non sans relever les yeux à intervalles réguliers pour voir ce qu’il faisait. Il déambulait de place en place toujours ganté. Bizarre quand même… Je devenais nerveuse, lisant et relisant sans cesse les mêmes lignes qui sautillaient devant mes yeux.

Le temps passait et il était bien le seul: rien ne se passait d’autre. J’allais bientôt arriver à destination et je me décidai à me rendre au petit coin tout en le cherchant du regard.

Et c’est là que je le vis, en première classe, servant le café aux passagers privilégiés. C’était donc ça et le roman que j’avais élucubré toute seule s’envola avec les nuages…de lait!

Je vous invite à vous rendre, en empruntant le moyen de locomotion que vous préférez, sur le blog Brick a book afin de voir les écrits des autres participant(e)s.

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Atelier d’écriture Brick a book 345

Comme chaque semaine, Alexandra, du blog Brick a book, nous propose une photo comme déclencheur d’écriture et, depuis peu, elle y ajoute des consignes complémentaires.

La photo

 Photo by Ingmar Hoogerhoud

Les contraintes: pour cette photo, il est interdit de parler nature et voyage.

Brumaire

Nous étions entrés dans cette période de l’année où le soleil enveloppait tout de chaleureuses couleurs. Du moins quand il était là… Le plus souvent, l’humidité montant du sol donnait une ambiance un peu magique, comme si on évoluait dans le brouillard. Mais peut-être était-ce juste le rideau de larmes tombé devant mes yeux qui me donnait cette impression.

J’avais fui tellement vite après la dispute et j’étais tellement bouleversée que j’avais couru sans m’inquiéter de savoir où j’allais. Et maintenant j’étais là, seule, en train de sangloter au milieu de nulle part. Essoufflée par la course, je m’étais laissé glisser au sol sur le tapis aux tons mordorés déjà bien épais en cette fin octobre.

Je regardais la route où n’était passée aucune voiture depuis que j’étais là en train d’essayer de me calmer et de comprendre ce qui avait mis le feu aux poudres.

Un bruit soudain me fit me retourner, vaguement inquiète dans mon isolement. Ce n’était qu’un petit écureuil roux, parfaitement assorti au décor. Il eut le pouvoir, sans explication rationnelle, de chasser mes larmes et d’amener un sourire attendri sur mes lèvres. Je me calmais enfin, peu à peu, en suivant ses cabrioles de mes yeux encore noyés.

Allons, j’allais devoir faire demi-tour et aller m’expliquer, mettre fin à ce désaccord stupide qui m’avait tellement bouleversée. Ce n’était donc pas si grave s’il avait suffi d’une rencontre avec ce que ma copine Josée qualifiait de « rat avec une belle queue » 😉

Et si nous allions voir chez Brick a book ce que la photo d’Alexandra a inspiré aux autres personnes?

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Atelier d’écriture Brick a book 344

Pour l’atelier 344 de Brick a book, c’est  la  photo ci-dessous qui servira de déclencheur avec comme thématiques interdites : la ville et l’écologie. 

Keisuke Higashio

 

J’avais toujours été à contre-courant. Mes proches le savaient, j’avais des idées fixes et même carrément des TOC’s insurmontables. Ainsi, si je voyais un passage pour piétons je l’évitais et traversais plus loin, me faufilant entre les voitures en redoutant je ne sais quel maléfice provoqué par les stries. Et voilà que je ne sais qui avait eu l’idée de peindre des passages lignés sur le toit de l’immeuble où je travaille et où je prends mes pauses quand la météo est agréable!

Sans y prendre garde, le nez en l’air suivant le vol d’une abeille, je m’étais retrouvé au milieu de ces lignes peintes au sol. Par une superstition ridicule, je me refusais à marcher dessus. J’avais terminé mon pique-nique de midi  et je me dis que je pourrais lancer le sac contenant les restes au-delà des lignes blanches. Je pourrais ainsi prendre mon élan plus facilement en ayant les mains libres. Ça, c’était avant que je prenne conscience que je n’arriverais jamais à sauter une aussi grande longueur…

Je courais d’un côté à l’autre du triangle dans lequel j’étais convaincu que j’allais mourir, même si on était bien loin du triangle des Bermudes. L’angoisse me serrait la gorge. Je pensais aussi à la quadrature du cercle, mes maigres notions de géométrie dansant la samba dans ma tête. Malgré tout, je me sentais prisonnier de ces marquages et ne voyait aucune issue possible en raison de l’obsession qui paralysait mes membres.

J’en étais là de mes réflexions et mon pouls s’emballait de plus en plus quand j’aperçus soudain la silhouette menaçante d’un soldat tenant son fusil sur une des lignes blanches! Se pouvait-il qu’il ait été compressé au sol par la machine à peindre? Avait-il lui aussi voulu traverser le passage interdit? Était-il là pour me surveiller? J’avais beau le questionner, il restait muet le lâche!

Je commençais à transpirer de plus en plus et à m’agiter de manière convulsive en battant l’air de mes bras. Je sentis soudain qu’on me secouait en criant. Le soldat avait-il ressuscité pour m’emmener?

Je levai enfin les paupières et vis ma femme, assise dans le lit, une lueur mi inquiète-mi amusée au fond des yeux. Quelle idée aussi d’acheter des draps lignés noirs et blancs pour notre lit!

Pour lire ce que cette photo a inspiré comme autres histoires, il suffit de vous rendre sur le blog Brick a book.

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Atelier d’écriture Brick a book 343

Alexandra,  du blog Brick a book, souhaite nous faire sortir de notre zone de confort, et pour ça elle ajoutera chaque semaine une thématique à suivre (ou à ne pas suivre.) Le plus souvent, cette thématique sera en opposition avec la photographie.

Cette semaine, elle nous demande de parler d’hiver et de la photo ci-dessous.

© Photo by Alex Azabache

 

Noël serait là dans quelques jours et mon sapin naturel parfumait l’atmosphère du salon. J’étais bien, blottie dans mon canapé en mode relax, un bon feu de bois crépitant dans la cheminée et un chat ronronnant sur les genoux. Le sommet du bien-être en somme… Les minuscules lampes éclairant les décorations scintillantes participaient à l’ambiance feutrée de cet après-midi d’hiver.

J’avais délaissé la lecture qui, habituellement, occupait beaucoup de mon temps pour me pencher sur d’anciens livres photos réalisés quelques années plus tôt. Je m’étais replongée avec délice dans ces souvenirs d’un temps qui ne reviendrait plus. J’avais ainsi voyagé à nouveau, par la pensée, en Grèce, en Islande, en Ecosse,… et je venais d’ouvrir un album consacré au Maroc. Cette photo me transportait dans l’atmosphère malodorante des tanneries à ciel ouvert d’Afrique du nord. Je me souvenais qu’on nous avait fourni à l’entrée un bouquet de menthe très parfumé en nous conseillant de le tenir sous nos narines. Celui qui nous l’avait fourni, avant de tendre la main pour recevoir une obole, nous avait dit avec un grand sourire « masque à gaz berbère, très bien ». C’est vrai que c’était bien utile pour vaincre l’odeur tenace qui nous entourait tandis que des hommes travaillaient dans les cuves sans aucune précaution de sécurité. Inimaginable chez nous, mais eux semblaient heureux de travailler malgré tout. 

Tout m’était revenu d’un coup mais surtout les couleurs et toutes ces peaux entassées sur les bacs puis étendues à sécher avant la suite du traitement. Les objets en cuir était très nombreux dans les souks avoisinants et leurs prix défiaient toute concurrence. Mais combien de vies écourtées ou de maladies, de peau ou respiratoires, ces cuves avaient-elles provoquées?

Le jeu en valait-il la chandelle? Eux ne se posaient pas la question puisque les touristes achetaient en quantité de nombreux articles en cuir après les incontournables marchandages qui étaient l’essence même de l’échange commercial de l’endroit. Si on ne marchandait pas on lisait comme une déception dans leur regard. C’est une autre culture mais que appréciais et dans laquelle j’aimais m’immerger pour la découvrir, la comparer et finalement l’approuver pour ce qu’elle avait de direct et d’artisanal avec des rapports sans intermédiaires entre vendeur et acheteur bien loin des multinationales qui font ou défont des vies sans sentiments un peu partout dans le monde.

Ce qui me frappait au Maroc, c’était surtout le sourire et le bonheur que manifestaient les artisans qui pratiquaient leur art sous nos yeux. Oh bien sûr leur vie n’est pas que rêve mais leur philosophie qui consiste à travailler pour vivre et pour prendre le temps de vivre m’a souvent interpellée. Et si c’était eux qui avaient raison?

C’est à tout ça que je pensais en regardant danser les flammes qui léchaient les bûches dans le feu. Et j’étais tellement bien que, petit à petit, les livres photos ont glissé de mes genoux tandis que je m’assoupissais et m’envolais en rêve dans ce beau pays du Magrheb. 

Pour méditer un peu je vous propose de (ré)écouter Alain Souchon avant de filer voir sur Brick a book comment ce sujet a été traité.

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Brick a book 342

Comme chaque lundi, c’est le moment où je vous propose le texte inspiré par la photo proposée par Alexandra du blog Brick a book.

La photo qui a servi de déclencheur d’écriture se trouve ci-dessous:

© Gabriel Testoni

 

Dans sa famille on avait toujours été pêcheur, de père en fils, depuis cinq générations au moins. Dès qu’il avait tenu sur ses petites jambes son père l’avait emmené avec lui durant de longues journées en mer. On peut dire qu’il avait le pied marin et évoluait dans la barque aussi à l’aise que sur la terre ferme.

Quand il avait rencontré Marina, il avait cru à un clin d’œil du destin en entendant son prénom. Elle ferait une bonne épouse de pêcheur pensait-il. De son côté, elle était rapidement tombée sous le charme de  ce grand gaillard musclé et arborant un beau bronzage. Elle était captivée par ses grands yeux bleus.

C’est vrai qu’au début tout paraissait couler de source. Elle venait l’attendre chaque jour sur le port en lui faisant de grands signes dès qu’elle apercevait sa barque. Ils partaient ensuite tendrement enlacés vers sa cabane et ce qui se passait là ne nous regarde en aucun cas. Ils étaient jeunes, beaux et très amoureux.

Il insistait depuis longtemps pour qu’elle l’accompagne au moins une fois en mer et voit comment il gagnait sa vie. Il l’avait convaincue par un jour très ensoleillé et elle avait aimé ce moment de partage, seuls au milieu de la mer.

Puis les vacances s’étaient terminées et elle avait rejoint la ville où elle était étudiante. Ils s’étaient écrit souvent au début, de longues missives enflammées, emplies de leurs souvenirs estivaux. Elle était même venue passer une journée près de lui en octobre mais le froid, le vent et les embruns du bord de mer ne ressemblaient en rien aux beaux jours de l’été. Au fur et à mesure, elle devenait aussi maussade que le temps.

Ils se quittèrent avec un goût amer d’histoire qui va se terminer bientôt. Il reçut encore une ou deux lettres un peu tièdes où elle lui disait être très occupée par ses études. Quelques semaines passèrent ainsi qui bientôt devinrent des mois. Il se dit qu’elle ne serait pas épouse de pêcheur, que leurs univers étaient bien trop différents et qu’il valait mieux tourner la page.

Il ficela ensemble toutes les lettres de Marina et emporta le paquet dans sa barque. Il pensait jeter le tout au loin dans la mer mais il perdit l’équilibre et lâcha les feuillets pour se rattraper. Il regarda alors s’éloigner sur les flots les dernières traces de son grand amour d’été et put alors placer le point final à son histoire et porter à nouveau son poing à la ligne en pêcheur professionnel.

 

Pour lire les autres écrits suscités par cette photo c’est ici.

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Brick a book 341

Ce lundi, Alexandra du blog Brick a book nous propose la photo suivante comme déclencheur d’écriture.

© Curtis Mac Newton

 

Et voici le texte qu’elle m’a inspirée:

Audaces fortuna juvat

Ils se croisaient parfois en passant d’un numéro à l’autre dans ce grand tableau peint au sol et qui était réadapté à chaque début de mois. Depuis que les dirigeants avaient décidé de procéder ainsi afin de répartir les tâches communes, les travailleurs devaient se disposer sur les numéros et les heures qu’ils devaient prester. Ça lui rappelait les rangs dans la cour du lycée où les élèves devaient attendre qu’un professeur vienne les chercher. Aujourd’hui, c’était pareil au boulot. Dès le matin, chacun(e) se dirigeait vers l’endroit qu’on lui avait indiqué et il/elle attendait, en compagnie de ses collègues du jour, qu’on les emmène sur leur lieu de travail de la journée.

Les dirigeants avaient choisi ce mode de fonctionnement afin d’éviter les regroupements et les collusions entre eux. Ils gardaient ainsi un plein pouvoir sur ceux qui les servaient. Diviser pour mieux régner avait, de tout temps, été le moyen de garder sa position dominante et aujourd’hui, en 2521, c’était encore le cas.

Il n’empêche que le hasard les avait placés quelques fois ensemble pour la journée et depuis chacun d’eux rêvait à leur prochaine rencontre avec espoir. D’un seul regard la première fois, ils s’étaient compris, sans un mot. Ils avaient travaillé ensemble toute la journée en parfaite communion, comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Leurs échanges oculaires  en disaient davantage que tous les mots usés par les hommes d’avant, du temps où le fonctionnement du monde du travail était à cent lieues de ce qu’il était devenu aujourd’hui.

Les alliances entre travailleurs étaient formellement interdites par le règlement, même si certains préféraient risquer leur vie pour rejoindre celui ou celle qu’ils avaient choisi. Eux n’en étaient pas encore là mais, à chaque rencontre, le lien qui les unissait se resserrait, n’en déplaise aux dirigeants. Ils devaient être prudents mais avaient mis au point un système codé qu’ils utilisaient avec prudence mais qui ajoutait encore du piment à ce qu’il était convenu d’appeler leur relation.

Bientôt ce serait la fin de l’année et ils pourraient peut-être alors échapper pour un temps à la surveillance. C’est cela qui les faisait tenir et qui faisait briller leurs yeux. Ils étaient attentifs à ne commettre aucune imprudence surtout s’ils voulaient croire en un avenir commun.

Aujourd’hui elle était dans le groupe 30 et lui dans le 5 et ils se regardaient en croisant discrètement les doigts, dans l’espoir de vivre bientôt leur rêve interdit…

 

Pour lire les textes des autres participant(e)s, rendez-vous sur le blog Brick a book.

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