Brick a book 346

Ce lundi, Alexandra du blog Brick a book nous propose de laisser courir nos doigts sur le clavier (ou nos plumes sur le papier, au choix) en regardant l’image ci-dessous et avec la contrainte de ne pas parler de train.

© Banter Snaps

 

Et voici les mots que cette photo m’a inspirés:

L’accompagnateur

Il m’attendait comme tous les matins, pareil à lui-même. Pareil? Non, aujourd’hui il avait mis des gants blancs. Quelle drôle d’idée! Peut-être voulait-il me dire ce qu’il avait sur le coeur depuis si longtemps ou peut-être qu’il avait un problème de peau et voulait le cacher… Ou peut-être encore avait-il eu à manipuler des choses précieuses à ne pas graisser de ses doigts?  Ce serait étonnant quand même, on n’envoie pas de cette manière des choses précieuses et pour les autres, si on met des gants, on ne les choisit pas blancs. Ces gants avaient un petit côté suranné qui me laissait perplexe. Non c’est certain il avait mis ses gants pour me parler et m’avouer ses sentiments. J’avais bien vu qu’il me regardait toujours longuement et était très prévenant à mon égard.

Tous les jours à 7h30 il se trouvait exactement devant la porte vitrée que j’empruntais. Bien sûr que ça m’intriguait, depuis le temps que ça durait! Au début je n’avais rien remarqué mais, à la longue, je ne pouvais pas ignorer son manège et ses regards en coin. De mon côté, j’avais commencé à lui sourire quand je l’apercevais même si lui restait toujours aussi sérieux et professionnel.

J’allai prendre ma place, sortis un magazine dans lequel je me plongeai non sans relever les yeux à intervalles réguliers pour voir ce qu’il faisait. Il déambulait de place en place toujours ganté. Bizarre quand même… Je devenais nerveuse, lisant et relisant sans cesse les mêmes lignes qui sautillaient devant mes yeux.

Le temps passait et il était bien le seul: rien ne se passait d’autre. J’allais bientôt arriver à destination et je me décidai à me rendre au petit coin tout en le cherchant du regard.

Et c’est là que je le vis, en première classe, servant le café aux passagers privilégiés. C’était donc ça et le roman que j’avais élucubré toute seule s’envola avec les nuages…de lait!

Je vous invite à vous rendre, en empruntant le moyen de locomotion que vous préférez, sur le blog Brick a book afin de voir les écrits des autres participant(e)s.

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Atelier d’écriture Brick a book 345

Comme chaque semaine, Alexandra, du blog Brick a book, nous propose une photo comme déclencheur d’écriture et, depuis peu, elle y ajoute des consignes complémentaires.

La photo

 Photo by Ingmar Hoogerhoud

Les contraintes: pour cette photo, il est interdit de parler nature et voyage.

Brumaire

Nous étions entrés dans cette période de l’année où le soleil enveloppait tout de chaleureuses couleurs. Du moins quand il était là… Le plus souvent, l’humidité montant du sol donnait une ambiance un peu magique, comme si on évoluait dans le brouillard. Mais peut-être était-ce juste le rideau de larmes tombé devant mes yeux qui me donnait cette impression.

J’avais fui tellement vite après la dispute et j’étais tellement bouleversée que j’avais couru sans m’inquiéter de savoir où j’allais. Et maintenant j’étais là, seule, en train de sangloter au milieu de nulle part. Essoufflée par la course, je m’étais laissé glisser au sol sur le tapis aux tons mordorés déjà bien épais en cette fin octobre.

Je regardais la route où n’était passée aucune voiture depuis que j’étais là en train d’essayer de me calmer et de comprendre ce qui avait mis le feu aux poudres.

Un bruit soudain me fit me retourner, vaguement inquiète dans mon isolement. Ce n’était qu’un petit écureuil roux, parfaitement assorti au décor. Il eut le pouvoir, sans explication rationnelle, de chasser mes larmes et d’amener un sourire attendri sur mes lèvres. Je me calmais enfin, peu à peu, en suivant ses cabrioles de mes yeux encore noyés.

Allons, j’allais devoir faire demi-tour et aller m’expliquer, mettre fin à ce désaccord stupide qui m’avait tellement bouleversée. Ce n’était donc pas si grave s’il avait suffi d’une rencontre avec ce que ma copine Josée qualifiait de « rat avec une belle queue » 😉

Et si nous allions voir chez Brick a book ce que la photo d’Alexandra a inspiré aux autres personnes?

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Brick a book 339

Comme chaque lundi, je participe à l’atelier d’écriture en ligne du blog Brick a book.

Cette semaine, c’est la photo ci-dessous qu’Alexandra nous propose comme déclencheur d’écriture.

© Alexandre Radelich

 

Cœur qui balance

Un blond, un brun. Lequel des deux allait gagner en arrivant le premier au ponton, c’est ce qu’Anna se demandait à présent.

Elle avait des palpitations rien qu’en les regardant depuis la rive, n’encourageant ni l’un ni l’autre mais souhaitant toutefois qu’ils gagnent tous les deux.

Mais qu’est-ce qui lui avait pris, après avoir fréquenté assidûment les deux hommes pendant plusieurs mois, de leur suggérer de faire la course à la nage dans le lac tout proche en leur promettant de ne plus fréquenter que l’un des deux, le vainqueur de ce jeu idiot?

C’était comme si elle s’engageait à ne plus boire que de la bière blonde ou de la brune pour le reste de sa vie! Et pourtant elle aimait les deux saveurs si différentes, l’une forte et l’autre si rafraîchissante. Et bien pour ses amoureux, c’était pareil et suivant son humeur du jour elle avait envie de voir l’un ou l’autre. Ils se complétaient si bien tous les deux que, ensemble, ils formaient ce qui représentait à ses yeux, ou en tout cas s’en approchait très fort, l’homme parfait.

Elle avait pourtant bien cloisonné les deux histoires mais, un jour, se promenant avec l’un, ils avaient croisé l’autre. Depuis, l’un et l’autre la sommaient de choisir. Comme elle en était incapable, elle avait eu cette idée de course qui maintenant lui semblait loufoque et la stressait au plus haut point.

Elle voyait une telle détermination dans les paires d’yeux face à elle que malgré sa fierté de susciter une telle rivalité dont elle était le seul enjeu, elle tremblait d’avance de devoir dire adieu au perdant.

Après une succession de suées et de frissons accompagnés de battements de coeur désordonnés, elle s’évanouit tant la tension était forte. A son réveil elle était seule, ses deux amoureux avaient disparu. Ils étaient arrivés pile poil au même instant au bord et, sachant qu’elle en profiterait pour ne pas trancher, ils avaient décidé de s’éclipser puisque, quoi qu’il arrive elle serait insatisfaite…

C’est ainsi qu’elle perdit, l’un et l’autre, le blond et le brun!.

 

Et si vous m’accompagniez chez Brick a book pour voir ce que cette photo a inspiré comme autres histoires?

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Brick a book 336

Comme tous les lundis je participe à l’atelier Brick a book d’Alexandra et c’est la photo ci-dessous qui nous a été proposée comme déclencheur d’écriture.

©Darwin Vegher

Et voici les mots qu’elle m’a inspirés:

Le cercle magique

Depuis que j’avais photographié cet objet avec mon portable, l’hiver dernier, je me demandais à quoi il pouvait bien servir. J’avais imaginé enflammer le cercle et y faire sauter des fauves bien dressés mais c’était ridicule, si j’y mettais le feu, il brûlerait et serait dès lors inutilisable. Ça ne devait pas être ça le truc.

Peut-être pas besoin de l’enflammer mais juste de le placer à bonne distances d’acrobates très doués qui virevolteraient a travers. Hum, non plus. D’ailleurs, il n’y avait peut-être aucun lien avec un spectacle de cirque.  Mais à quoi cela pouvait-il bien servir alors?

Peut-être tout simplement à rien si ce n’est à décorer la clairière, qui sait?

Cette histoire me turlupinait tellement qu’il avait fallu que je retourne sur place, cet été, dans la grande clairière au milieu du bois,  A force de comparer ma photo et l’objet en question, mes yeux s’étaient brouillés et je m’étais allongée, fatiguée subitement de ces vains questionnements.

J’étais tellement bien sur la mousse fraîche que des petits personnages aux faciès inhabituels ont aussitôt envahi mes rêves. Ils étaient rigolos avec leurs chapeaux mous, leur oeil unique au milieu du front et leur longue queue de marsupilami. Vraiment très sympas en plus et très souriants enfin si leur rictus était bien un sourire évidemment. C’est qu’ils ne ressemblaient à rien de ce que je connaissais mais ils me faisaient rire et j’aimais ça. Celui qui avait l’air d’être le chef ne riait pas mais disait des trucs bizarres sur un ton nasillard: « e©bs*qv%AVE§e$! » Il semblait donner des ordres aux autres qui, tour à tour, baissaient le front en courant dans tous les sens.

A un moment, il a fait un signe en montrant le cercle qui m’interpellait tellement et tous ont sauté à l’intérieur, comme des lapins, à la queue leu leu.

C’était tellement mignon et comique à la fois que je n’ai pas pu m’empêcher de rire et c’est mon rire qui a mis fin à la torpeur qui m’engourdissait.

Quand j’ai ouvert les yeux, je n’ai vu aucun petit personnage souriant et sautillant à mes côtés mais j’ai ressenti une grande douleur au dos causée par l’humidité du sol où j’étais restée allongée de nombreuses heures!

Quand je suis enfin arrivée à me redresser, j’ai eu beau ausculter le cercle de tous les côtés je n’ai retrouvé aucune des créatures. Je m’apprêtais à quitter les lieux, dépitée, quand j’ai aperçu, juste sur le bord, un minuscule chapeau mou coincé entre les brins d’osier. Je n’avais donc pas rêvé tout à fait et je  me suis juré de revenir souvent dans la clairière. Et quand je voudrai m’évader en pensée de ma vie routinière, je pourrais toujours regarder la photo stockée dans mon portable. Il n’y a que moi qui saurai qu’il s’agit de la porte vers un monde imaginaire…

Et si nous allions, souriants et sautillants😊, voir chez Brick a book ce que cette photo a inspiré aux autres participant(e)s?

Et on termine en chanson avec un petit retour dans le passé.

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Brick a book 335

Le lundi je participe à l’atelier d’écriture en ligne initié par Alexandra du blog Brick a book. La photo ci-dessous sert de déclencheur d’écriture et vous trouverez, juste en dessous, les mots qu’elle m’a inspirés.

© Nagy Arnold

La feuille d’or

J’ai ramassé cette petite feuille et, en filtrant le soleil à travers , je laisse mon esprit vagabonder.

A cause de la grande sécheresse de ces derniers temps, les feuilles ont jauni plus vite cette année. Les couleurs chaudes de la nature annoncent peu à peu les soirées cocoon au coin du feu de bois. Je me vois déjà un bon bouquin dans les mains et un chat ronronnant sur les genoux: le bonheur total…ou presque! J’aurais presque hâte à cet état confortable.

Mais nous n’en sommes pas encore là, l’été commence seulement à s’estomper et il nous reste heureusement à profiter, tout bientôt, de celui que Joe Dassin a su si bien chanter, l’été indien. Réjouissons-nous de pouvoir vibrer au rythme de cette belle saison.

Plus jeune, je n’aimais pas l’automne qui annonçait, toujours trop tôt à mon goût, les jours plus sombres de l’hiver. Et puis, en mûrissant, doux euphémisme pour ne pas dire vieillissant, j’ai commencé à apprécier les couleurs mordorées dont cette saison sublime le décor environnant.

C’est si beau quand tout est recouvert d’or et si gai de marcher en faisant crisser les feuilles sous nos pieds. A chaque jour son petit bonheur, bonheur de vivre et de voir la nature se transformer autour de nous.

Je dépose cette feuille d’or à mes pieds pour qu’elle se décompose et participe à la formation du terreau qui aidera de nouvelles pousses à grandir au printemps prochain. Tout pourra alors recommencer…

Je ne pouvais décemment pas terminer sans cette chanson évidemment…

Et comment les autres participant(e)s ont-ils/elles interprété cette photo? Rendez-vous chez Brick a book pour le savoir.

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Brick a book 334

Cette fois, c’est la photo ci-dessous qui sert de déclencheur d’écriture chez Brick a book.

© Mitchy

Et voici les mots qu’elle m’a inspirés:

Nouveau départ

Enfin Yann était là! Il y avait des heures que les idées les plus folles tournaient dans sa tête: viendra, viendra pas? Oh bien sûr il le lui avait promis mais le temps passait et elle perdait en même temps courage et confiance.

Deux voitures déjà s’étaient arrêtées. Les conducteurs l’avaient toisée de la tête aux pieds avec un regard équivoque.  Elle avait tremblé de tous ses membres. Heureusement que sa mine pâle et plutôt triste les avait découragés d’essayer d’engager la conversation.

Elle avait tout quitté pour le suivre, entassé le strict nécessaire dans un petit sac de voyage et fourré rapidement dans sa poche ses maigres économies. Elle avait même abandonné son téléphone portable. Elle était bien décidée à tirer définitivement un trait sur son ancienne vie, la vie d’avant lui.

Son mari n’était pas méchant mais indifférent. Au fil du temps il ne la voyait plus, ne lui parlait presque plus. Ils vivaient côte à côte mais pas vraiment ensemble. Se rendrait-il seulement compte qu’elle était partie avant que lui vienne le besoin d’une chemise repassée pour aller au bureau?

Et puis Yann était entré dans le café où elle gagnait sa vie comme serveuse et avec lui un rayon de soleil s’était engouffré par la porte. Elle avait de suite senti qu’il était différent et qu’entre eux il se passait quelque chose de fort.

Il était venu tous les jours, à la même heure, s’asseyant sur la même banquette d’où il pouvait suivre ses déplacements de table en table et commandant le même café avec le même grand sourire engageant. Jusqu’au jour où il avait pris l’initiative de lui demander s’il pouvait l’attendre à la fin de son service. Elle avait dit oui, comme dans un rêve…

Depuis les choses avaient évolué entre eux, à tel point qu’elle se sentait étouffer dans sa petite vie étriquée et sans joie. Jusqu’à ce jour où il lui avait proposé de le suivre, ailleurs, là où son boulot l’envoyait, loin des ornières de leur vie actuelle. Une chance pareille ça ne se rate pas même si c’est un peu fou, justement parce que c’est fou! Elle avait dit oui et depuis le matin attendait devant la gare.

Enfin, d’un signe de la main il la héla, elle ne l’avait pas vu venir, dans l’ombre, parmi les voyageurs qui venaient de quitter ce train. Un mètre encore et il se trouva près d’elle qui lui tendait les bras dans le soleil.

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Brick a book 333

Ce lundi, c’est l’étonnante photo ci-dessous qui sert de déclencheur d’écriture pour l’atelier d’écriture en ligne Brick a book.

© SpaceX

Aller plus haut

Elle en avait bavé pendant ses études d’ingénieur, seule fille parmi des garçons qui la regardaient avec un petit sourire amusé ou, pire, condescendant. Elle s’était promis qu’elle travaillerait un jour sur des programmes spatiaux mais il lui avait fallu courage et patience pendant de nombreuses années avant qu’on la prenne enfin au sérieux.

A commencer par ses parents qui, bien que la sachant très studieuse et volontaire, avaient craint pour elle la désillusion si elle n’arrivait pas exactement là où elle l’avait décidé. En clair, ils craignaient qu’elle tombe de haut, un comble non? Ils lui avaient dit que si elle souhaitait voler, elle pourrait devenir hôtesse de l’air. C’était fort mal la connaître! Elle ne voulait pas jouer les poupées mannequins au service de passagers exigeants. On lui disait souvent qu’elle avait l’air d’être dans la lune, qu’à cela ne tienne, elle espérait bien y aller un jour, pour de vrai, c’était son rêve.

Elle avait pris tous les renseignements nécessaires au salon ad hoc à la fin de ses études secondaires scientifiques et elle connaissait parfaitement toutes les filières qui la mèneraient tout là-haut. 

Au fil des ans, on avait bien dû la prendre au sérieux puisqu’elle avançait imperturbablement vers ce qu’elle avait décidé, ne déviant pas d’un iota du chemin tracé dès le départ par ses soins. Ses excellents résultats lui avaient enfin valu le respect des garçons qui n’hésitaient plus maintenant à discuter avec elle, d’égal à égale, pendant des heures dans leur jargon scientifique hermétique aux autres humains. Et ce, jusqu’à occulter le fait qu’elle était devenue une jeune femme très séduisante, irradiant de féminité. Sardou l’aurait qualifiée à coup sûr de « Femme des années 80 » même si elle était bien plus jeune…

Ses parents ne comprenaient pas ce qui la motivait à rester enfermée des heures dans ses bouquins au lieu de s’amuser comme les autres jeunes filles. « On verra plus tard » disait-elle soucieuse de réaliser d’abord son rêve.

Et puis enfin, au terme de plusieurs années d’études laborieuses nécessaires à son projet professionnel, elle avait obtenu son diplôme d’ingénieure en aérospatiale: la seule fille diplômée cette année-là parmi une dizaine de garçons dont certains bien plus âgés qu’elle! Elle rayonnait de bonheur mais restait modeste. Elle n’était pas ambitieuse, elle s’était juste donné les moyens d’approcher au plus près de son rêve de toujours.

Sur recommandation d’un de ses principaux professeurs, elle venait même d’obtenir une bourse afin de réaliser un stage en Californie dans l’équipe de SpaceX. De là, elle avait rejoint Cap Canaveral pour assister, le coeur battant, au lancement d’une mission d’approvisionnement en route vers la station spatiale internationale (ISS). Elle vivait un rêve éveillé en ce 25 juillet 2019. Et elle espérait qu’il continuerait encore longtemps à l’enchanter même si, de temps à autre, un pincement au coeur lui rappelait brusquement la chaleur des longues heures passées aux côtés de Max…

Pour terminer en douceur, une chanson qui date d’il y a quelques années déjà et qu’elle aurait pu dédier à Max 😉

N’oubliez pas de passer sur le blog Brick a book pour voir ce que cette photo a inspiré aux autres écrivant(e)s

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Brick a book 332

C’est la photo ci-dessous qui a été proposée cette semaine comme déclencheur d’écriture sur l’atelier d’écriture en ligne Brick a book.

© Артём Мякинник

Et voici les mots qu’elle m’a inspirés:

Clair-obscur

Comme chaque matin elle était là, seule dans la nuit qui traînait encore sur la ville ses voiles endormis. Pour subsister elle avait dû accepter ce travail si loin de chez elle, pas le choix, c’est la vie. L’été ça allait encore mais l’hiver elle partait dans le noir et revenait pareil. Un long tunnel dont elle ne voyait pas le bout, c’est ainsi qu’elle résumait sa vie… Au boulot ça allait, ses collègues étaient sympas et elle faisait des choses qu’elle aimait, enfin, en général sauf quand son chef lui prenait la tête pour des broutilles. Le problème c’était chez elle où elle devait se forcer à préparer le repas du soir, souvent constitué au mieux d’un plat surgelé , au pire d’une boîte de conserve ouverte sur un coin de table et dont le contenu était à peine réchauffé.

Les halos de lumière de l’éclairage public l’hypnotisaient chaque matin l’emportant dans des réflexions amères sur sa vie.
Elle avait connu la sécurité et le bien-être chez ses parents et puis cet accident stupide les lui avait enlevés, tous les deux d’un coup. Sa mère était morte le jour-même, son père, deux jours plus tard. Les médecins n’avaient rien pu faire pour les sauver. Elle n’avait même pas un frère ou une sœur pour l’aider à porter son chagrin. Le peu de famille proche l’avait assurée de son soutien le jour des funérailles… Depuis, ils brillaient surtout par leur silence: le malheur fait fuir, par peur de la contagion peut-être… Pour garder la maison familiale, elle avait dû interrompre ses études et chercher un boulot, n’importe lequel: c’était alimentaire et elle n’avait pas le temps de faire la fine bouche.

Certains matins, plus froids et encore plus noirs, elle avait peur. Elle regardait partout autour d’elle aux aguets, craignant qu’un danger surgisse de toute cette noirceur. Parfois un aboiement lointain la faisait sursauter et frissonner. Elle resserrait alors son écharpe de manière puérile, comme si cela suffisait à la protéger. Elle rêvait d’un gentil garçon qui serait à ses côtés dans les passages sombres de sa vie et lui tiendrait la main pour qu’elle ne soit plus jamais seule.
Elle en était là de ses rêveries quand il lui sembla que l’attente durait encore plus que les autres matins…

Bon sang mais c’est bien sûr! On l’avait annoncé à la radio mais elle n’y avait pas prêté attention au moment-même: suite à une agression sur un des leurs, les chauffeurs de bus avaient décidé d’arrêter le travail pour conscientiser tout le monde à leur manque de sécurité au travail. Elle s’apprêtait à faire demi-tour pour rentrer chez elle dépitée quand un coup de klaxon lui fit lever la tête: une voiture s’était arrêtée devant l’arrêt de bus et elle reconnut le gentil collègue qui la laissait souvent passer devant lui à la cafétéria. D’un geste du bras il l’invitait à ouvrir la portière et à faire le trajet avec lui en voiture.

Elle se dit à ce moment que l’avenir s’éclaircirait peut-être…

Allez vite voir sur Brick a book ce que cette photo a inspiré aux autres personnes.

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Atelier d’écriture Brick a book 331

Pour l’atelier d’écriture Brick a book de ce lundi, Alexandra nous a proposé la photo ci-dessous.

© Everton Vila

Et voici les mots que cette image m’a soufflés:

Voici des fruits, des fleurs,…

Elle revenait de sa promenade dans les champs en chuchotant en boucle « les fleurs sont la promesse des fruits, les fleurs sont… ».
Elle savait ce qu’elle voulait dire, elle qu’on avait toujours décrite comme une belle fleur épanouie que tous les gars du pays essayaient de butiner.
Et puis il était arrivé pour aider aux récoltes, avec ses beaux yeux noirs enchanteurs, des yeux comme du velours. Toutes les filles lui tournaient autour mais lui ne voyait qu’elle et se fichait pas mal des autres. Il était si prévenant, serviable et doux qu’elle avait succombé, au grand dam des gars du village qui la regardaient depuis un peu en biais. Mais les amoureux ne voyaient rien d’autre que leurs yeux respectifs. Leurs mains, lorsqu’elles se trouvaient, semblaient aussi solidement attachées que des chaînes cadenassées.
Tout l’été on les avait vus se balader de ci de là, inséparables jusqu’à la tombée du jour. Elle avait été tellement heureuse quand elle s’était rendu compte que leur amour avait produit un fruit qui s’épanouissait en son sein. Sa sœur, à qui elle s’était confiée, pensait que son amoureux prendrait bien vite ses jambes à son cou pour retourner vers le sud, dans son pays d’origine, quand il apprendrait la nouvelle. Elle-même craignait un peu qu’il trouve que les choses allaient trop vite, qu’il n’était pas prêt à s’engager, et toutes ces choses contre lesquelles on l’avait mise en garde dès son adolescence. Cherchant les mots qu’elle choisirait pour lui parler, elle avait marché, seule pour une fois, dans les champs en répétant comme un mantra « les fleurs sont la promesse des fruits, les… » . Heureusement pour elle, quand elle décida enfin de lui dire son doux secret, il sauta de joie, lui qui avait grandi sans véritable foyer, placé à gauche et à droite dans des familles pas toujours très aimantes. Il vit là l’occasion de fonder enfin lui-même sa propre famille et de se poser dans la vie auprès de celle dont il était tombé éperdument amoureux. L’avenir lui souriait enfin après des années de chagrin.
C’est à leur avenir qu’elle rêvait en pressant les fleurs cueillies contre son ventre qui bientôt s’arrondirait de fort jolie façon. Un plus un égale trois et pas deux comme on le lui avait appris, pensait-elle, et les fleurs faneraient mais le fruit de leur amour durerait bien plus qu’un été…

Pour compléter ce moment de douceur je vous propose d’écouter le poème de Verlaine qu’aurait pu chanter le jeune homme à sa belle mais qui est ici chanté par Julos Beaucarne.

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Atelier d’écriture Brick a Book 330

Je participe chaque semaine à l’atelier d’écriture proposé par Alexandra du blog Brick a book. Ce lundi, la photo qu’elle nous propose d’illustrer en histoire est celle ci-dessous.

J’avoue qu’elle déclenche moins d’idées chez moi que les précédentes mais je ne m’avouerai pas vaincue pour autant. Vous pouvez lire, sous la photo, le texte qu’elle m’a inspiré.

 

La faim justifie les moyens

Il avait faim, tellement faim! Ces billets qui étaient tombés de la poche d’un touriste le matin même avaient été dans sa journée comme une lueur d’espoir, hélas vite éteinte. Il les observait avec insistance, perplexe et tellement dépité. L’horloge lui rappelait que midi était largement dépassé et faisait comme un écho aux gémissements de son estomac vide. L’oiseau semblait se moquer de lui et de sa misère. Le poisson, hmmm! le poisson, dont il lui semblait sentir l’odeur de friture et même le jus de citron, indispensable quand on est gourmet. Quant à la grenouille, c’est sûr qu’elle était mignonne comme ça sur sa tige mais il était tellement affamé qu’il imaginait plutôt ses bonnes cuisses bien grasses avec une sauce à l’ail qui le faisait grincer des dents de manière irrépressible.

Oh, je sais ce que vous pensez, avec cet argent il pourrait acheter à manger, sauf que…on n’accepte pas les dollars des Bermudes dans un restaurant parisien, même non étoilé! Et puis, il n’inspirait pas trop confiance dans ses vêtements crasseux, sa barbe de huit jours et son haleine avinée. Et son chien, son seul ami, tellement fidèle mais un peu pouilleux, il fallait bien le reconnaître, jamais il ne l’attacherait à l’extérieur, le temps de manger… Il n’avait pas perdu tout jugement sur sa situation actuelle. Quand il était encore cadre dans une importante société, il était tiré à quatre épingles et fréquentait de beaux restaurants avec ses collègues aussi nantis. Et puis la vie, parfois belle mais aussi parfois cruelle, l’avait envoyé au tapis. Un divorce douloureux, l’éloignement de ses enfants emmenés par son ex-femme dans un autre pays, moins d’assiduité au boulot où finalement on l’avait remercié en assurant qu’on n’oublierait jamais tout le bien qu’il avait apporté à la société. Qu’on lui en serait toujours reconnaissant et bla bla bla… Il s’était retrouvé sans emploi avec une petite somme d’argent qui avait fondu comme neige au soleil. Il n’était pas spécialement dépensier mais, pour ses enfants, il avait fait quelques folies, espérant ainsi que ceux-ci ne l’oublieraient pas trop vite dans leur nouvelle vie. Et puis la dégringolade, inattendue, incompréhensible mais tellement rapide…

Reprenant son calme et ses esprits, il regarda à nouveau ces billets inutiles. C’est vrai qu’ils étaient beaux, joliment décorés, mieux que les euros trouvait-il, plus exotiques aussi mais tellement insidieux dans les réflexions qu’ils provoquaient!

A deux pas de là, un jeune homme regardait ce pauvre hère penché sur ces billets tellement colorés. Il en avait envie mais n’osait pas. Prenant enfin son courage à deux mains, il aborda le clochard en lui expliquant qu’il collectionnait les billets étrangers et n’en avait encore jamais vus d’aussi beaux. Il aimerait tellement les posséder. Il proposa d’aller lui acheter un menu au Mac Do tout proche, pendant toute la semaine,  en échange des quatre billets. 

Ce n’était pas vraiment des cuisses de grenouilles ou du poisson mais il avait tellement faim que ce fut peut-être le meilleur repas qu’il ait fait depuis longtemps! Il s’endormit, repu, dans ses cartons avec, comme une veilleuse, la petite lueur d’espoir aperçue le matin qui s’était rallumée: la vie, parfois cruelle mais aussi parfois belle 😉

 

N’oubliez pas d’aller voir sur Brick a book ce que cette photo a inspiré aux autres participant(e)s. Je suis sûre que vous y trouverez de belles surprises.

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