Brick a book 340

Cette semaine, c’est sur la photo ci-dessous qu’Alexandra du blog Brick a book nous propose d’écrire.

© Roman Kraft

 

Et voici les mots qui m’ont été inspirés.

Voilà. La maison était vide. Après le décès de la première moitié du couple que formaient mes parents contre vents et marées, je n’avais rien vécu de tel. La survivante avait continué à vivre dans la maison, rien ne changeait fondamentalement mais là… Non seulement je devenais orpheline, ce qui à mon âge devrait être supportable, après tout j’avais depuis longtemps fondé ma propre famille, mais je devais vider la maison de toutes ces traces de vie qui l’habitaient.

Mes sœurs avaient toujours de bonnes raisons pour ne pas venir m’aider dans cette tâche où j’avais non seulement la charge de décider ce qui devait, ou pouvait, être sauvé puis récupéré par l’une ou l’autre d’entre nous mais aussi ce qui devait partir aux ordures et disparaître à tout jamais. Trois semaines déjà que je passais tout mon temps libre entre ces murs.

J’avais, dès le départ, préparé une boîte où déposer les nombreuses photos disséminées un peu partout comme si la peur d’oublier que ces gens avaient existé flottait toujours dans l’air.

J’étais maintenant assise à même le sol, la boîte débordant de photos devant moi, au milieu du salon vide dont les murs résonnaient des jeux des enfants voisins. Je plongeais dans ces souvenirs, ces histoires de vies qui s’étaient croisées, recroisées, décroisées aussi. J’y trouvais des portraits d’un passé tellement lointain que je n’arrivais  pas toujours à identifier tel ou tel visage. Je jouais à saute-mouton avec le temps, voyant tour à tour mes propres parents déjà âgés tandis que mes grands-parents paraissaient tout jeunots et guindés sur leur photo de mariage en noir et blanc. Mes sœurs et moi étions les plus présentes dans cet amoncellement de souvenirs.

Ce voyage dans le passé me rendait un brin nostalgique et mélancolique. Les larmes n’étaient jamais loin de couler en regard de ce qui avait été et ne serait plus jamais. Ainsi va la vie mais je voyais que les moments de bonheur avaient vraiment existé et qu’ils étaient nombreux. Ils comblaient peu à peu la sensation de vide qui s’insinuait en moi et me faisait frissonner.

Je décidai d’emporter toutes ces photos sans rien en dire à mes sœurs. Ce serait ma récompense pour le travail accompli. De toutes manières, si elles n’avaient pas trouvé le temps de m’aider dans cette tâche émouvante de tri, comment pourraient-elles prendre celui de laisser leur esprit vagabonder vers un passé à jamais révolu? Je serai désormais la gardienne du temps passé et j’essayerai de donner le relais à mes propres enfants afin que le fil ténu de notre famille continue à se dérouler.

 

N’hésitez pas à aller voir sur le blog ce que cette photo a inspiré comme autres histoires.

 

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Brick a book 339

Comme chaque lundi, je participe à l’atelier d’écriture en ligne du blog Brick a book.

Cette semaine, c’est la photo ci-dessous qu’Alexandra nous propose comme déclencheur d’écriture.

© Alexandre Radelich

 

Cœur qui balance

Un blond, un brun. Lequel des deux allait gagner en arrivant le premier au ponton, c’est ce qu’Anna se demandait à présent.

Elle avait des palpitations rien qu’en les regardant depuis la rive, n’encourageant ni l’un ni l’autre mais souhaitant toutefois qu’ils gagnent tous les deux.

Mais qu’est-ce qui lui avait pris, après avoir fréquenté assidûment les deux hommes pendant plusieurs mois, de leur suggérer de faire la course à la nage dans le lac tout proche en leur promettant de ne plus fréquenter que l’un des deux, le vainqueur de ce jeu idiot?

C’était comme si elle s’engageait à ne plus boire que de la bière blonde ou de la brune pour le reste de sa vie! Et pourtant elle aimait les deux saveurs si différentes, l’une forte et l’autre si rafraîchissante. Et bien pour ses amoureux, c’était pareil et suivant son humeur du jour elle avait envie de voir l’un ou l’autre. Ils se complétaient si bien tous les deux que, ensemble, ils formaient ce qui représentait à ses yeux, ou en tout cas s’en approchait très fort, l’homme parfait.

Elle avait pourtant bien cloisonné les deux histoires mais, un jour, se promenant avec l’un, ils avaient croisé l’autre. Depuis, l’un et l’autre la sommaient de choisir. Comme elle en était incapable, elle avait eu cette idée de course qui maintenant lui semblait loufoque et la stressait au plus haut point.

Elle voyait une telle détermination dans les paires d’yeux face à elle que malgré sa fierté de susciter une telle rivalité dont elle était le seul enjeu, elle tremblait d’avance de devoir dire adieu au perdant.

Après une succession de suées et de frissons accompagnés de battements de coeur désordonnés, elle s’évanouit tant la tension était forte. A son réveil elle était seule, ses deux amoureux avaient disparu. Ils étaient arrivés pile poil au même instant au bord et, sachant qu’elle en profiterait pour ne pas trancher, ils avaient décidé de s’éclipser puisque, quoi qu’il arrive elle serait insatisfaite…

C’est ainsi qu’elle perdit, l’un et l’autre, le blond et le brun!.

 

Et si vous m’accompagniez chez Brick a book pour voir ce que cette photo a inspiré comme autres histoires?

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Brick a book 338

Comme chaque lundi, je participe à l’atelier d’écriture en ligne d’Alexandra sur son blog Brick a book.

La photo proposée se trouve ci-dessous et, juste après, les mots qu’elle m’a soufflés.

© Etienne Boulanger

 

Sursaut

Une impression de déjà vu, le sentiment d’avoir déjà vécu ce moment… Mais oui je me souvenais maintenant. C’était il y a dix ans déjà. Nous venions d’arriver à Montréal et mon amie Josée nous avait invités dans l’immeuble où elle travaillait. Après nous être retrouvés place Ville-Marie, nous étions montés à sa suite vers son bureau qui se trouvait au quarantième étage. L’immeuble dans lequel nous nous trouvions avait une structure en forme de croix ce qui fait que nous pouvions, en parcourant les différents couloirs, voir à 360°. De là-haut nous embrassions les environs en ayant le sentiment de dominer le monde. Près de nous, un nid d’urubus à tête rouge était installé et nous observions le manège des parents soucieux de veiller sur leur progéniture. C’était, à part nous, la seule trace un peu vivante de cet endroit.

Mais aujourd’hui tout ça était bien loin et c’était seule que je me trouvais devant cette fenêtre à observer ces constructions sans âme où se trouvaient d’autres gens qui, comme moi, devaient passer leurs journées à travailler, enveloppés par le béton, le métal et le verre. Que des matières froides, alors que je rêvait de bois aux teintes chaudes, d’un feu de cheminée, de rires et de chaleur humaine…

Heureusement que l’église dominait les constructions qui l’entouraient. Oh je n’étais pas très pratiquante, loin de là, mais c’était le seul bâtiment où je pouvais, peut-être, espérer me sentir bien, un endroit à taille humaine et moins impersonnel même si on se sentait tout petit quand on y entrait. De l’endroit où j’étais on pouvait quand même penser pouvoir y trouver un peu de réconfort et se sentir moins écrasé par l’indifférence.

Qu’est-ce qui m’était passé par la tête quand j’avais subitement tout quitté pour venir m’installer dans ce pays si froid où, malgré la chaleur de l’accueil, je ne me sentais pas à ma place. Je redoutais les longs mois d’hiver à venir… Soudain j’attrapai mon sac et me dirigeai vers l’ascenseur en courant. Le rez-de-chaussée, vite, la porte du hall tenue par le portier. Enfin j’étais dehors et mes pas me portaient vers l’église où je savais pouvoir trouver suffisamment de calme pour réfléchir à ma vie et prendre enfin la décision de lui donner un autre sens. Il suffisait de le vouloir et là, je le sentais, j’étais prête à choisir la direction du bonheur!

Je vous invite à aller voir les écrits des autres participants sur le blog Brick a book.

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Brick a book 337

Ce lundi c’est l’image ci-dessous qui nous est proposée par Alexandra comme déclencheur d’écriture sur son blog Brick a book.

©Samuel Zeller

 

Et voici les mots qu’elle m’a inspirés:

Bien vu!

Ils étaient là, tous mes chéris. Certains se dirigeaient vers la terre ferme tandis que d’autres s’en éloignaient. Mais tous apparaissaient et s’évanouissaient en même temps! Sans logique aucune, comme dans un rêve.

Sauf que j’étais bien éveillée! La douleur ressentie en me pinçant le bras tout à l’heure m’avait confirmé la chose: je perdais peut-être la raison mais j’étais bien éveillée, ça au moins c’était certain.

J’avais beau agiter les bras, crier à perdre mon souffle, aucun d’eux ne me regardait. Si au moins je n’avais pas la jambe dans le plâtre, je pourrais aller vers eux, pour les rejoindre mais surtout me rassurer. Mais non, il avait fallu que je trébuche sur le bord du muret où j’avais sauté. Comme si soudain celui-ci s’était mis à onduler! Et bien sûr cela était arrivé le deuxième jour des vacances en Bretagne. Si seulement ç’avait été le dernier, j’aurais non seulement pu profiter pleinement de notre séjour pour me défouler et enfin bouger comme je le faisais bien trop peu à mon bureau mais j’aurais même bénéficié de quelques jours supplémentaires de congé jusqu’à ce que je puisse conduire ma voiture et aller au boulot.

Bref, le temps passait et je le trouvais trop lent à égrener ses minutes. C’est que j’en avais marre de rester toujours en arrière du groupe ou sur un banc où on m’aidait à m’installer comme si j’étais à moitié grabataire alors que j’avais à peine 50 ans…

Pendant ce temps mon mari et les enfants escaladaient les rochers, jouaient à s’éclabousser, faisaient le plein d’iode, rigolaient,… Après, en me rejoignant, ils ne manqueraient pas de me raconter comme ils s’étaient bien amusés.  Pas comme moi, ça c’est certain, moi j’étais comme un crabe échoué sur le dos et qui n’arrive pas à bouger.

Enfin, il me semblait qu’ils faisaient mine de revenir vers moi. « Pas trop tôt », me disais-je en ayant l’impression d’être restée une éternité sur ce banc bien trop dur. Bref, je n’avais pas le moral et je devais me forcer à arborer un sourire malgré tout.

« Ça va? », me demanda directement mon époux. « On a essayé de ne pas te laisser seule trop longtemps. En plus il ne faisait pas très chaud et l’eau qui clapote près des rochers fait un bruit incroyable: je suis sûr qu’on n’entendrait même pas une corne de brume! »

En claudiquant comme je pouvais jusqu’à la voiture, mon amertume se tassa un peu et je me rappelai, enfin, le rendez-vous de l’après-midi chez l’ophtalmologiste qui devait confirmer la date de mon opération de la cataracte…

 

Et si vous m’accompagniez pour voir les écrits des autres sur Brick a book?

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Brick a book 336

Comme tous les lundis je participe à l’atelier Brick a book d’Alexandra et c’est la photo ci-dessous qui nous a été proposée comme déclencheur d’écriture.

©Darwin Vegher

Et voici les mots qu’elle m’a inspirés:

Le cercle magique

Depuis que j’avais photographié cet objet avec mon portable, l’hiver dernier, je me demandais à quoi il pouvait bien servir. J’avais imaginé enflammer le cercle et y faire sauter des fauves bien dressés mais c’était ridicule, si j’y mettais le feu, il brûlerait et serait dès lors inutilisable. Ça ne devait pas être ça le truc.

Peut-être pas besoin de l’enflammer mais juste de le placer à bonne distances d’acrobates très doués qui virevolteraient a travers. Hum, non plus. D’ailleurs, il n’y avait peut-être aucun lien avec un spectacle de cirque.  Mais à quoi cela pouvait-il bien servir alors?

Peut-être tout simplement à rien si ce n’est à décorer la clairière, qui sait?

Cette histoire me turlupinait tellement qu’il avait fallu que je retourne sur place, cet été, dans la grande clairière au milieu du bois,  A force de comparer ma photo et l’objet en question, mes yeux s’étaient brouillés et je m’étais allongée, fatiguée subitement de ces vains questionnements.

J’étais tellement bien sur la mousse fraîche que des petits personnages aux faciès inhabituels ont aussitôt envahi mes rêves. Ils étaient rigolos avec leurs chapeaux mous, leur oeil unique au milieu du front et leur longue queue de marsupilami. Vraiment très sympas en plus et très souriants enfin si leur rictus était bien un sourire évidemment. C’est qu’ils ne ressemblaient à rien de ce que je connaissais mais ils me faisaient rire et j’aimais ça. Celui qui avait l’air d’être le chef ne riait pas mais disait des trucs bizarres sur un ton nasillard: « e©bs*qv%AVE§e$! » Il semblait donner des ordres aux autres qui, tour à tour, baissaient le front en courant dans tous les sens.

A un moment, il a fait un signe en montrant le cercle qui m’interpellait tellement et tous ont sauté à l’intérieur, comme des lapins, à la queue leu leu.

C’était tellement mignon et comique à la fois que je n’ai pas pu m’empêcher de rire et c’est mon rire qui a mis fin à la torpeur qui m’engourdissait.

Quand j’ai ouvert les yeux, je n’ai vu aucun petit personnage souriant et sautillant à mes côtés mais j’ai ressenti une grande douleur au dos causée par l’humidité du sol où j’étais restée allongée de nombreuses heures!

Quand je suis enfin arrivée à me redresser, j’ai eu beau ausculter le cercle de tous les côtés je n’ai retrouvé aucune des créatures. Je m’apprêtais à quitter les lieux, dépitée, quand j’ai aperçu, juste sur le bord, un minuscule chapeau mou coincé entre les brins d’osier. Je n’avais donc pas rêvé tout à fait et je  me suis juré de revenir souvent dans la clairière. Et quand je voudrai m’évader en pensée de ma vie routinière, je pourrais toujours regarder la photo stockée dans mon portable. Il n’y a que moi qui saurai qu’il s’agit de la porte vers un monde imaginaire…

Et si nous allions, souriants et sautillants😊, voir chez Brick a book ce que cette photo a inspiré aux autres participant(e)s?

Et on termine en chanson avec un petit retour dans le passé.

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Brick a book 335

Le lundi je participe à l’atelier d’écriture en ligne initié par Alexandra du blog Brick a book. La photo ci-dessous sert de déclencheur d’écriture et vous trouverez, juste en dessous, les mots qu’elle m’a inspirés.

© Nagy Arnold

La feuille d’or

J’ai ramassé cette petite feuille et, en filtrant le soleil à travers , je laisse mon esprit vagabonder.

A cause de la grande sécheresse de ces derniers temps, les feuilles ont jauni plus vite cette année. Les couleurs chaudes de la nature annoncent peu à peu les soirées cocoon au coin du feu de bois. Je me vois déjà un bon bouquin dans les mains et un chat ronronnant sur les genoux: le bonheur total…ou presque! J’aurais presque hâte à cet état confortable.

Mais nous n’en sommes pas encore là, l’été commence seulement à s’estomper et il nous reste heureusement à profiter, tout bientôt, de celui que Joe Dassin a su si bien chanter, l’été indien. Réjouissons-nous de pouvoir vibrer au rythme de cette belle saison.

Plus jeune, je n’aimais pas l’automne qui annonçait, toujours trop tôt à mon goût, les jours plus sombres de l’hiver. Et puis, en mûrissant, doux euphémisme pour ne pas dire vieillissant, j’ai commencé à apprécier les couleurs mordorées dont cette saison sublime le décor environnant.

C’est si beau quand tout est recouvert d’or et si gai de marcher en faisant crisser les feuilles sous nos pieds. A chaque jour son petit bonheur, bonheur de vivre et de voir la nature se transformer autour de nous.

Je dépose cette feuille d’or à mes pieds pour qu’elle se décompose et participe à la formation du terreau qui aidera de nouvelles pousses à grandir au printemps prochain. Tout pourra alors recommencer…

Je ne pouvais décemment pas terminer sans cette chanson évidemment…

Et comment les autres participant(e)s ont-ils/elles interprété cette photo? Rendez-vous chez Brick a book pour le savoir.

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Brick a book 334

Cette fois, c’est la photo ci-dessous qui sert de déclencheur d’écriture chez Brick a book.

© Mitchy

Et voici les mots qu’elle m’a inspirés:

Nouveau départ

Enfin Yann était là! Il y avait des heures que les idées les plus folles tournaient dans sa tête: viendra, viendra pas? Oh bien sûr il le lui avait promis mais le temps passait et elle perdait en même temps courage et confiance.

Deux voitures déjà s’étaient arrêtées. Les conducteurs l’avaient toisée de la tête aux pieds avec un regard équivoque.  Elle avait tremblé de tous ses membres. Heureusement que sa mine pâle et plutôt triste les avait découragés d’essayer d’engager la conversation.

Elle avait tout quitté pour le suivre, entassé le strict nécessaire dans un petit sac de voyage et fourré rapidement dans sa poche ses maigres économies. Elle avait même abandonné son téléphone portable. Elle était bien décidée à tirer définitivement un trait sur son ancienne vie, la vie d’avant lui.

Son mari n’était pas méchant mais indifférent. Au fil du temps il ne la voyait plus, ne lui parlait presque plus. Ils vivaient côte à côte mais pas vraiment ensemble. Se rendrait-il seulement compte qu’elle était partie avant que lui vienne le besoin d’une chemise repassée pour aller au bureau?

Et puis Yann était entré dans le café où elle gagnait sa vie comme serveuse et avec lui un rayon de soleil s’était engouffré par la porte. Elle avait de suite senti qu’il était différent et qu’entre eux il se passait quelque chose de fort.

Il était venu tous les jours, à la même heure, s’asseyant sur la même banquette d’où il pouvait suivre ses déplacements de table en table et commandant le même café avec le même grand sourire engageant. Jusqu’au jour où il avait pris l’initiative de lui demander s’il pouvait l’attendre à la fin de son service. Elle avait dit oui, comme dans un rêve…

Depuis les choses avaient évolué entre eux, à tel point qu’elle se sentait étouffer dans sa petite vie étriquée et sans joie. Jusqu’à ce jour où il lui avait proposé de le suivre, ailleurs, là où son boulot l’envoyait, loin des ornières de leur vie actuelle. Une chance pareille ça ne se rate pas même si c’est un peu fou, justement parce que c’est fou! Elle avait dit oui et depuis le matin attendait devant la gare.

Enfin, d’un signe de la main il la héla, elle ne l’avait pas vu venir, dans l’ombre, parmi les voyageurs qui venaient de quitter ce train. Un mètre encore et il se trouva près d’elle qui lui tendait les bras dans le soleil.

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Brick a book 333

Ce lundi, c’est l’étonnante photo ci-dessous qui sert de déclencheur d’écriture pour l’atelier d’écriture en ligne Brick a book.

© SpaceX

Aller plus haut

Elle en avait bavé pendant ses études d’ingénieur, seule fille parmi des garçons qui la regardaient avec un petit sourire amusé ou, pire, condescendant. Elle s’était promis qu’elle travaillerait un jour sur des programmes spatiaux mais il lui avait fallu courage et patience pendant de nombreuses années avant qu’on la prenne enfin au sérieux.

A commencer par ses parents qui, bien que la sachant très studieuse et volontaire, avaient craint pour elle la désillusion si elle n’arrivait pas exactement là où elle l’avait décidé. En clair, ils craignaient qu’elle tombe de haut, un comble non? Ils lui avaient dit que si elle souhaitait voler, elle pourrait devenir hôtesse de l’air. C’était fort mal la connaître! Elle ne voulait pas jouer les poupées mannequins au service de passagers exigeants. On lui disait souvent qu’elle avait l’air d’être dans la lune, qu’à cela ne tienne, elle espérait bien y aller un jour, pour de vrai, c’était son rêve.

Elle avait pris tous les renseignements nécessaires au salon ad hoc à la fin de ses études secondaires scientifiques et elle connaissait parfaitement toutes les filières qui la mèneraient tout là-haut. 

Au fil des ans, on avait bien dû la prendre au sérieux puisqu’elle avançait imperturbablement vers ce qu’elle avait décidé, ne déviant pas d’un iota du chemin tracé dès le départ par ses soins. Ses excellents résultats lui avaient enfin valu le respect des garçons qui n’hésitaient plus maintenant à discuter avec elle, d’égal à égale, pendant des heures dans leur jargon scientifique hermétique aux autres humains. Et ce, jusqu’à occulter le fait qu’elle était devenue une jeune femme très séduisante, irradiant de féminité. Sardou l’aurait qualifiée à coup sûr de « Femme des années 80 » même si elle était bien plus jeune…

Ses parents ne comprenaient pas ce qui la motivait à rester enfermée des heures dans ses bouquins au lieu de s’amuser comme les autres jeunes filles. « On verra plus tard » disait-elle soucieuse de réaliser d’abord son rêve.

Et puis enfin, au terme de plusieurs années d’études laborieuses nécessaires à son projet professionnel, elle avait obtenu son diplôme d’ingénieure en aérospatiale: la seule fille diplômée cette année-là parmi une dizaine de garçons dont certains bien plus âgés qu’elle! Elle rayonnait de bonheur mais restait modeste. Elle n’était pas ambitieuse, elle s’était juste donné les moyens d’approcher au plus près de son rêve de toujours.

Sur recommandation d’un de ses principaux professeurs, elle venait même d’obtenir une bourse afin de réaliser un stage en Californie dans l’équipe de SpaceX. De là, elle avait rejoint Cap Canaveral pour assister, le coeur battant, au lancement d’une mission d’approvisionnement en route vers la station spatiale internationale (ISS). Elle vivait un rêve éveillé en ce 25 juillet 2019. Et elle espérait qu’il continuerait encore longtemps à l’enchanter même si, de temps à autre, un pincement au coeur lui rappelait brusquement la chaleur des longues heures passées aux côtés de Max…

Pour terminer en douceur, une chanson qui date d’il y a quelques années déjà et qu’elle aurait pu dédier à Max 😉

N’oubliez pas de passer sur le blog Brick a book pour voir ce que cette photo a inspiré aux autres écrivant(e)s

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Brick a book 332

C’est la photo ci-dessous qui a été proposée cette semaine comme déclencheur d’écriture sur l’atelier d’écriture en ligne Brick a book.

© Артём Мякинник

Et voici les mots qu’elle m’a inspirés:

Clair-obscur

Comme chaque matin elle était là, seule dans la nuit qui traînait encore sur la ville ses voiles endormis. Pour subsister elle avait dû accepter ce travail si loin de chez elle, pas le choix, c’est la vie. L’été ça allait encore mais l’hiver elle partait dans le noir et revenait pareil. Un long tunnel dont elle ne voyait pas le bout, c’est ainsi qu’elle résumait sa vie… Au boulot ça allait, ses collègues étaient sympas et elle faisait des choses qu’elle aimait, enfin, en général sauf quand son chef lui prenait la tête pour des broutilles. Le problème c’était chez elle où elle devait se forcer à préparer le repas du soir, souvent constitué au mieux d’un plat surgelé , au pire d’une boîte de conserve ouverte sur un coin de table et dont le contenu était à peine réchauffé.

Les halos de lumière de l’éclairage public l’hypnotisaient chaque matin l’emportant dans des réflexions amères sur sa vie.
Elle avait connu la sécurité et le bien-être chez ses parents et puis cet accident stupide les lui avait enlevés, tous les deux d’un coup. Sa mère était morte le jour-même, son père, deux jours plus tard. Les médecins n’avaient rien pu faire pour les sauver. Elle n’avait même pas un frère ou une sœur pour l’aider à porter son chagrin. Le peu de famille proche l’avait assurée de son soutien le jour des funérailles… Depuis, ils brillaient surtout par leur silence: le malheur fait fuir, par peur de la contagion peut-être… Pour garder la maison familiale, elle avait dû interrompre ses études et chercher un boulot, n’importe lequel: c’était alimentaire et elle n’avait pas le temps de faire la fine bouche.

Certains matins, plus froids et encore plus noirs, elle avait peur. Elle regardait partout autour d’elle aux aguets, craignant qu’un danger surgisse de toute cette noirceur. Parfois un aboiement lointain la faisait sursauter et frissonner. Elle resserrait alors son écharpe de manière puérile, comme si cela suffisait à la protéger. Elle rêvait d’un gentil garçon qui serait à ses côtés dans les passages sombres de sa vie et lui tiendrait la main pour qu’elle ne soit plus jamais seule.
Elle en était là de ses rêveries quand il lui sembla que l’attente durait encore plus que les autres matins…

Bon sang mais c’est bien sûr! On l’avait annoncé à la radio mais elle n’y avait pas prêté attention au moment-même: suite à une agression sur un des leurs, les chauffeurs de bus avaient décidé d’arrêter le travail pour conscientiser tout le monde à leur manque de sécurité au travail. Elle s’apprêtait à faire demi-tour pour rentrer chez elle dépitée quand un coup de klaxon lui fit lever la tête: une voiture s’était arrêtée devant l’arrêt de bus et elle reconnut le gentil collègue qui la laissait souvent passer devant lui à la cafétéria. D’un geste du bras il l’invitait à ouvrir la portière et à faire le trajet avec lui en voiture.

Elle se dit à ce moment que l’avenir s’éclaircirait peut-être…

Allez vite voir sur Brick a book ce que cette photo a inspiré aux autres personnes.

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Atelier d’écriture Brick a book 331

Pour l’atelier d’écriture Brick a book de ce lundi, Alexandra nous a proposé la photo ci-dessous.

© Everton Vila

Et voici les mots que cette image m’a soufflés:

Voici des fruits, des fleurs,…

Elle revenait de sa promenade dans les champs en chuchotant en boucle « les fleurs sont la promesse des fruits, les fleurs sont… ».
Elle savait ce qu’elle voulait dire, elle qu’on avait toujours décrite comme une belle fleur épanouie que tous les gars du pays essayaient de butiner.
Et puis il était arrivé pour aider aux récoltes, avec ses beaux yeux noirs enchanteurs, des yeux comme du velours. Toutes les filles lui tournaient autour mais lui ne voyait qu’elle et se fichait pas mal des autres. Il était si prévenant, serviable et doux qu’elle avait succombé, au grand dam des gars du village qui la regardaient depuis un peu en biais. Mais les amoureux ne voyaient rien d’autre que leurs yeux respectifs. Leurs mains, lorsqu’elles se trouvaient, semblaient aussi solidement attachées que des chaînes cadenassées.
Tout l’été on les avait vus se balader de ci de là, inséparables jusqu’à la tombée du jour. Elle avait été tellement heureuse quand elle s’était rendu compte que leur amour avait produit un fruit qui s’épanouissait en son sein. Sa sœur, à qui elle s’était confiée, pensait que son amoureux prendrait bien vite ses jambes à son cou pour retourner vers le sud, dans son pays d’origine, quand il apprendrait la nouvelle. Elle-même craignait un peu qu’il trouve que les choses allaient trop vite, qu’il n’était pas prêt à s’engager, et toutes ces choses contre lesquelles on l’avait mise en garde dès son adolescence. Cherchant les mots qu’elle choisirait pour lui parler, elle avait marché, seule pour une fois, dans les champs en répétant comme un mantra « les fleurs sont la promesse des fruits, les… » . Heureusement pour elle, quand elle décida enfin de lui dire son doux secret, il sauta de joie, lui qui avait grandi sans véritable foyer, placé à gauche et à droite dans des familles pas toujours très aimantes. Il vit là l’occasion de fonder enfin lui-même sa propre famille et de se poser dans la vie auprès de celle dont il était tombé éperdument amoureux. L’avenir lui souriait enfin après des années de chagrin.
C’est à leur avenir qu’elle rêvait en pressant les fleurs cueillies contre son ventre qui bientôt s’arrondirait de fort jolie façon. Un plus un égale trois et pas deux comme on le lui avait appris, pensait-elle, et les fleurs faneraient mais le fruit de leur amour durerait bien plus qu’un été…

Pour compléter ce moment de douceur je vous propose d’écouter le poème de Verlaine qu’aurait pu chanter le jeune homme à sa belle mais qui est ici chanté par Julos Beaucarne.

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