Brick a book 340

Cette semaine, c’est sur la photo ci-dessous qu’Alexandra du blog Brick a book nous propose d’écrire.

© Roman Kraft

 

Et voici les mots qui m’ont été inspirés.

Voilà. La maison était vide. Après le décès de la première moitié du couple que formaient mes parents contre vents et marées, je n’avais rien vécu de tel. La survivante avait continué à vivre dans la maison, rien ne changeait fondamentalement mais là… Non seulement je devenais orpheline, ce qui à mon âge devrait être supportable, après tout j’avais depuis longtemps fondé ma propre famille, mais je devais vider la maison de toutes ces traces de vie qui l’habitaient.

Mes sœurs avaient toujours de bonnes raisons pour ne pas venir m’aider dans cette tâche où j’avais non seulement la charge de décider ce qui devait, ou pouvait, être sauvé puis récupéré par l’une ou l’autre d’entre nous mais aussi ce qui devait partir aux ordures et disparaître à tout jamais. Trois semaines déjà que je passais tout mon temps libre entre ces murs.

J’avais, dès le départ, préparé une boîte où déposer les nombreuses photos disséminées un peu partout comme si la peur d’oublier que ces gens avaient existé flottait toujours dans l’air.

J’étais maintenant assise à même le sol, la boîte débordant de photos devant moi, au milieu du salon vide dont les murs résonnaient des jeux des enfants voisins. Je plongeais dans ces souvenirs, ces histoires de vies qui s’étaient croisées, recroisées, décroisées aussi. J’y trouvais des portraits d’un passé tellement lointain que je n’arrivais  pas toujours à identifier tel ou tel visage. Je jouais à saute-mouton avec le temps, voyant tour à tour mes propres parents déjà âgés tandis que mes grands-parents paraissaient tout jeunots et guindés sur leur photo de mariage en noir et blanc. Mes sœurs et moi étions les plus présentes dans cet amoncellement de souvenirs.

Ce voyage dans le passé me rendait un brin nostalgique et mélancolique. Les larmes n’étaient jamais loin de couler en regard de ce qui avait été et ne serait plus jamais. Ainsi va la vie mais je voyais que les moments de bonheur avaient vraiment existé et qu’ils étaient nombreux. Ils comblaient peu à peu la sensation de vide qui s’insinuait en moi et me faisait frissonner.

Je décidai d’emporter toutes ces photos sans rien en dire à mes sœurs. Ce serait ma récompense pour le travail accompli. De toutes manières, si elles n’avaient pas trouvé le temps de m’aider dans cette tâche émouvante de tri, comment pourraient-elles prendre celui de laisser leur esprit vagabonder vers un passé à jamais révolu? Je serai désormais la gardienne du temps passé et j’essayerai de donner le relais à mes propres enfants afin que le fil ténu de notre famille continue à se dérouler.

 

N’hésitez pas à aller voir sur le blog ce que cette photo a inspiré comme autres histoires.

 

Cet article a 5 commentaires

  1. Histoire émouvante ! Te voilà  » riche  » de ton passé et de tes racines, ainsi consolidées. Un bénéfice de ton labeur, pénible tout de même en ces moments. Bonne journée !

    1. Bah on doit tou(te)s y passer un jour ou l’autre (sauf mes sœurs virtuelles 😉 )
      Bonne journée.

      1. Justement, certaines personnes retirent leur épingle du jeu.

  2. Bonjour Bernadette !
    Pour les avoir vécus, je sais que ce sont des moments chargés d’émotion et pas toujours faciles à gérer !
    Bonne journée !
    Pierre

    1. Je crois qu’on y passe tous un jour ou l’autre. C’est la vie…
      Bonne journée Pierre.

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