Brick a book 350

Comme tous les lundis, je laisse mon esprit vagabonder en regardant la photo qui sert de déclencheur d’écriture sur le blog Brick a book. Et cette semaine, la thématique interdite est la mer.
Bon, voyons voir ce que la photo ci-dessous m’inspire…

©Simon Schmitt

Un jour je partirai, c’est certain. J’en ai marre de toujours devoir obéir « Fais pas ci, fais pas ça, et gnanani et gnanana! » Heureusement que j’arrive parfois à m’échapper pour aller m’adosser aux rochers et laisser mon regard et mon esprit dériver en toute liberté jusqu’à l’horizon. Un jour je m’en irai et j’irai au-delà de cette ligne d’horizon qui me paraît déjà bien lointaine.

J’ai froid, mon capuchon n’est pas suffisant contre les assauts du vent mais je m’en fiche, il n’y a qu’ici qu’on ne vient pas me chercher et m’embêter à me dire ce que je dois faire…ou pas.

Quand mon père vivait encore ce n’était pas ainsi mais depuis l’accident ma mère tremble pour tout et ne me lâche pas d’une semelle. 

Il serait quand même temps qu’elle comprenne que j’ai quinze ans et que je ne suis plus un bébé. En plus il y a ma sœur, Clara, qui me surveille aussi, du haut de ses treize ans, et qui rapporte tout à Maman. Ce n’est encore qu’une gamine toujours fourrée dans les jupes de notre mère tandis que moi je suis un homme, ou presque.

Malgré tout, les larmes coulent à chaque fois que je repense à mon père. On s’entendait bien lui et moi, il me montrait des trucs d’hommes, m’apprenait même à conduire la voiture en cachette « pour que je ne sois pas en retard » qu’il disait.  Et puis, un jour maudit, un camion nous l’a enlevé en l’envoyant valdinguer six mètres plus loin que le passage pour piétons où il venait de s’engager. Je me souviens des cris de Maman quand les policiers l’ont prévenue, elle est tombée à terre en se tenant la tête à deux mains, désespérée…

Et depuis ce jour, elle nous couve, Clara et moi, comme  une maman poule protège ses poussins sous ses ailes. Heureusement qu’elle n’a jamais trouvé mon repaire près des rochers. Là je peux réfléchir, rêver et même pleurer sans honte même si je sais bien que je serai grondé quand je rentrerai parce qu’elle aura eu peur pour moi.

Je voudrais tellement vieillir plus vite, devenir un homme et partir ou pas d’ailleurs parce que, quoi que je pense quand je râle,  je n’aurai probablement jamais le coeur de les laisser sans protection, elles sont tout ce qui me reste comme famille.

Comme d’habitude, j’espère vos commentaires et vous invite à aller voir chez Brick a book ce que les autres participant(e)s ont écrit…

Cet article a 2 commentaires

  1. Bonjour Bernadette !
    Très beau texte que tu aurais pu intituler :  » La déchirure  » ou  » L’écartèlement  »
    Bonne journée et bonne semaine … plus gaie que ton récit !
    Pierre

    1. Mes semaines sont toujours très gaies, c’est pour ça que je compense dans mes écrits 😉
      Bonne semaine à toi également.

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